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Madagascar

Le retournement des morts

En malgache cela se dit : « Famadihana ». Il existe plusieurs circonstances à la pratique du retournement des morts. La première se fait lorsque le défunt n'a pu être enterré dans le tombeau de famille au moment du décès. Il faut savoir que d'une ethnie à l'autre, la forme des tombeaux est différente, certains sont cubiques. A d'autres endroits ce sont des caveaux souterrains, etc. Alors, ses proches doivent, quelques années plus tard le ramener au caveau familial. Cette opération est réalisée en saison sèche, pour des raisons sanitaires, et c'est toujours l'occasion de manifester sa joie et de fêter l'événement.

Chez la plupart des groupes ethniques, les funérailles sont synonymes de réjouissances et de dépenses extraordinaires. De même pour le retournement des morts.

Le doyen de la délégation familiale interpelle les ancêtres qui habitent le tombeau (en général peint de couleurs vives). Il leur explique la cause de cette cérémonie depuis la veille. Puis le mort (ou les morts si cela se fait en groupe) sont dépouillés de leur linceul, les os des morts récents sont débarrassés de la chair qui tient encore malgré la puanteur. Le partage de la natte ayant servi à transporter les restes donne lieu à une dispute entre des femmes stériles. Elles croient très fort qu'un petit bout de cette natte leur permettra de surmonter l'infirmité majeure qu'est la procréation.

La deuxième circonstance s'impose envers chaque défunt dans la conception traditionnelle religieuse malgache, puisque les vivants doivent honorer leurs ancêtres.

Dans l'esprit de ces peuples, une pensée émerge, et ils se disent que l'ancêtre a froid, et doit donc avoir besoin d'un nouveau linceul. Leurs croyances sont telles que l'âme du défunt n'accèdera au pays des ancêtres que lorsque les « huit os fondamentaux » reposeront auprès des siens.

La cérémonie est donc fixée en principe plusieurs années après le décès. C'est l'astrologue ou le devin qu'ils appellent « mpanandro », qui détermine le jour et l'heure, car dans cette culture, ils croient très forts aux jours et heures néfastes.

Le tombeau est ouvert, sa partie souterraine comprend en général une grande salle garnie sur trois côtés de banquettes de pierres superposées sur 2 ou 3 étages. Le reste des morts est déposé sur ces banquettes suivant les lignées familiales. La partie intérieure du tombeau n'est pas construite avec du ciment. Elle est composée de grandes pierres d'un seul bloc qui ont été extraites de carrières villageoises suivant une technique immémoriale.

Le corps est alors exhumé, puis enveloppé dans une natte « tsihy » qui sera porté par deux hommes alors qu'un groupe de proches, hommes, femmes et enfants font une procession. Celle-ci comprend les parents du mort et un orchestre de 3 à 5 musiciens. Les uns chantent les autres jouent d'un instrument de musique (flûtes et tambours). Tout au long de la route on organise des danses, on exhibe ce corps, on proclame hautement l'honneur des descendants. C'est l'astrologue qui a tracé l'itinéraire du cortège.

Des plaisanteries sont échangées avec les personnes rencontrées et même parfois avec le mort !! Il faut le faire !!

Arrivé enfin au caveau familial, le défunt est à nouveau enveloppé d'un « Lamba Mena » (pièce d'étoffe) neuf et ficelé dedans et porté par une perche par deux hommes. Il est d'abord manipulé selon les croyances avec attentions particulières avec des onctions de miel, des dons de tabac, de riz ou d'alcool. Puis avant qu'il ne regagne sa demeure, la coutume veut qu'on lui fasse faite sept fois le tour du tombeau. L'ensemble de la cérémonie se passe dans une ambiance de fête et de réjouissances. Cette opération dure un à trois jours, 1 à 3 nuits, selon la richesse du défunt. La musique, les chants et les rythmes se mêlent aux sacrifices du zébu et au partage de sa viande. Les festivités comprennent justement ce sacrifice de zébu, et là le riz et la viande sont mis à cuire sur des foyers dressés dans la cour. Les invités présenteront leurs dons généralement en monnaie. Les participants à cette cérémonie miment un combat dont le mort est l'enjeu. On le tire de tous les côtés, on fait de multiples détours pour qu'il ne reconnaisse pas le chemin du village, tout cela au milieu de cris, bien sûr !!

Un discours en mémoire du défunt, destiné aux vivants bien sûr, est dit pour clore la cérémonie.

Le « famadiha » est une des principales manifestations de cette alliance permanente entre les vivants et les morts, qui est la base de l'univers malgache.

Chantal Leperlier

Sources: Madagascar le guide, guide bleu Evasion, guide Bleu.

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